Quand j'étais en terminale, il y a eu dans ma ville les Championnats du Monde Junior de ce sport. Avec Jennifer et une autre copine, on a fait connaissance avec des joueurs, sympathisé, rigolé, bref, des échanges sympa, dûs en grande partie au fait que je connaissais les parents d'un des joueurs (qui est resté, lui, pendant assez longtemps, un ami très proche). On avait remarqué ce groupe de deux ou trois filles, qui tournaient autour d'eux, qui, après les Championnats, ont suivi un peu leurs déplacements, faisaient parler d'elles, ...les joueurs se moquaient un peu d'elles, c'étaient les Groupies.
Le temps passe, je reste proche de Bastien, dont je connaissais les parents, entre amitié et ambiguité, mais une amitié qui me tenait à coeur. Deux ans après, il m'annonce que re-belote, les Championnats du Monde seront de nouveau dans ma ville, qu'ils reviennent, tous, tous ceux que j'ai connu...ça a été une période magique, on revivait les instants mémorables qu'on avait vécu deux ans auparavant, et c'était encore mieux, parce qu'en deux ans on avait appris à se connaitre...en plus toute l'équipe se souvenait de nous, on était choyées...la dernière soirée, mémorable : au champagne en boite, trois filles, entourées de beaux garçons musclés qui n'ont d'yeux que pour elles...on a adoré...
Ce groupe de filles, justement, était aussi encore là, a proposé à certains joueurs de les emmener en boite, car de la place dans la voiture...on les médisait, on disait, tsss cette Sandrine, elle sait pas quoi faire pour s'attirer ses faveurs !
Vers 4 heures du matin, Bastien, fatigué, m'annonce qu'il rentre, que Sandrine fait une navette à l'hôtel pour en ramener 4 ou 5, qu'il a dit qu'il rentrait. Le lendemain, il m'appelle, hilare, pour me raconter : quand Sandrine est arrivée devant l'hotel, qu'ils sont descendus en la remerciant, elle a arrêté le moteur, et est descendue à son tour. Bastien, indécis, lui demande ce qu'elle fait, elle dit "ben je viens dans la chambre de l'un d'entre vous, j'ai une réputation à tenir, moi"...on rigole, on se dit, vraiment, la pauvre fille...sujet de nos quolibets quand on la croise en ville, dans un bar, en boite, mais Sandrine est bizarre, garde quand même son air hautain...
Aujourd'hui, je décide d'aller chez l'esthéticienne (hé oui, la plage revient la semaine prochaine, il faut s'entretenir !). J'appelle donc le premier numéro que je trouve dans les Pages Jaunes, voix féminine, jeune, oui oui venez, pas de problème ! J'y vais...me rends compte que cet institut de beauté est nouveau...et oh surprise ! c'est Sandrine qui le tient. Je souris un peu jaune. Mais en fin de compte, on a toutes les deux fait comme si on ne se connaissait pas. On s'est vouvoyées. Je l'ai félicité sur la déco de son salon, elle m'a demandé si je partais en vacances. Relations neutres.
Ca m'a fait très bizarre. On rentre dans le monde des adultes, où on dit "vous", où on oublie toutes les mesquineries qui ont fait notre adolescence. Ca m'avait déjà fait le coup quand j'ai croisé ma coiffeuse en boite de nuit. On rentre dans le monde des adultes, où on sépare vie professionnelle et vie privée. Vie professionnelle, c'est ça qui me fait le plus bizarre : de plus en plus de gens de mon âge travaillent. Il va falloir que je m'adapte : je grandis.