Les choses ont changé. J'ai décidé de ne plus appeler Romain. Pour plein de raisons. La principale, c'est qu'il m'énerve.
Mardi soir, on se parle au téléphone, et là je me rends compte que je ne veux rien de sérieux, je lui dis, il est d'accord, d'ailleurs il avait peur que je n'attende trop de lui...on décide de quand même se voir jeudi, il me dit qu'il prendra peut-être plus d'initiatives si on retrouve tous les deux dans le même lit...sur le coup la situation est claire. Dans la nuit, pourtant, un doute me prend : est-ce que j'en ai vraiment envie ? et je me rends compte que non, que mon principal objectif, "est-ce que je lui plais", a bel et bien été résolu lors de la soirée de samedi...mais non, je n'en ai pas envie, pas envie de lui, même si j'ai très envie de le voir. Je sais pas, ces derniers temps j'ai pris l'habitude de le voir au moins une fois par semaine, alors bon, voilà où ça nous mène...
Mercredi soir, j'ai Amandine au téléphone, qui me fait réaliser pas mal de choses : si je me lance là dedans, même si je dis ne vouloir rien de sérieux, c'est Romain, les sentiments sont encore très forts à son égard (même si seulement amicaux), je peux retomber facilement dans une volonté de relation sérieuse. Et les deux dernières fois, je me suis ramassée en beauté. Elle me fait réaliser aussi qu'il est très sûr de lui, notamment à propos de moi. Qu'il faut vraiment que je fasse attention.
Du coup, je me dis que je préfère être seulement son amie, pas son plan Q (fucking friend, comme on appelle ça aussi, apparemment). Je l'appelle, répondeur, je laisse un message, "j'ai réfléchi aujourd'hui, je sais pas si j'ai vraiment envie qu'il se passe quelque chose entre nous, je préfèrerais qu'on soit simplement amis comme avant...maintenant si t'as quand même envie de passer la soirée ici demain soir, ça me ferait super plaisir de te voir...voilà rappelle moi". Dix minutes après, il rappelle, me dit "j'ai juste écouté le début, où tu dis que tu as réfléchi, écoute, pas ce soir, j'ai pas envie d'en parler, jsuis en soirée,on en parle demain, mais te prends pas la tête à propos de ça ok ?" je lui dis, "mais écoute le message, tu sauras qu'au contraire je me prends pas la tête, c'est clair pour moi, ça y est " Conciliant, comme on fait avec les enfants, il dit "oui, si tu veux, je l'écouterais, mais demain"...ok...Amandine avait raison, il est trop sûr de lui, il croit que je suis à balle, que je me prends la tête. Ca m'énerve, mais je laisse courir.
Le lendemain, message de lui, "hey je passerais pas ce soir, mais on s'appelle ?...bonne aprem". Je le rappelle deux heures après, je lui demande s'il a eu mon message, il me dit "oui, mais te prends pas la tête,on restera amis, ce soir je peux pas venir, je dois aller voir un copain que j'ai pas vu depuis longtemps, on se rappelle, mais vraiment arrête de te stresser à propos de cette histoire tout va bien". C'est lui qui me stresse, il veut pas entendre ce que j'ai à lui dire, que j'ai PAS ENVIE de lui, j'ai PAS ENVIE de coucher avec lui, que je le veux comme ami, que ça veut dire que merde, j'ai fini par tourner la page, et ça, ça fait un bien fou de le réaliser...non lui il reste dans son optique de jeune homme charmant, ennuyé parce qu'il a encore une fois fait succomber à ses charmes une demoiselle. Non, Romain, tu te goures, c'est juste que j'ai besoin de te prouver que je suis passée à autre chose...mais que tu as quand même une place essentielle dans ma vie.
Je raccroche, un peu tendue, et puis je comprends que encore une fois, c'est parce que c'est lui qui a gagné, alors que je pensais avoir maitrisé la situation. Et puis aussi, juste pour mon ego personnel, j'aurais bien aimé qu'il me supplie, au moins qu'il ait l'air un peu déçu. Même pas. Il a fait le "je-m'en-foutiste", limite "Lili tu sais pas ce que tu loupes, moi m'en fous, des filles j'en ai à la pelle". Je décide de ne plus l'appeler.
Vers 2h, en fin de soirée, après avoir ingurgité un nombre assez important de sangrias, j'ai craqué. Je rentrais de soirée, plein de gars, même David, aussi mal à l'aise au milieu des potins que moi, qui me fait croire que je lui plais et qui finalement s'en va à 1h parce qu'il est fatigué, sans un mot, rien. Du coup, pas le moral, je commence vraiment à l'apprécier, à vouloir peut-être quelque chose avec lui de sérieux, et bam, il me lâche. Je doute, je me dis que j'ai dû me tromper, je dois pas lui plaire, il était juste gentil...et là je me rends compte que personne ne m'aime. Qui appelle-je normalement dans ces cas-là, qui me rassure tout le temps ? Romain. J'ai essayé de l'appeler. Il a pas répondu. J'ai laissé un message à la voix pateuse sur son répondeur, histoire de justifier mon appel (non, Romain, ce n'est pas pour t'implorer, c'est pour que tu me rassures.) Et puis devant le pitoyable de la situation, je lui ai renvoyé un sms, deux minutes après, pour m'excuser de mon message. Lui ai expliqué que je cherchais une bonne âme, mais "laisse tomber". Il a pas rappelé, et moi je rappelerais pas.
C'est mieux, je commence à me dire que je dois garder mes distances avec lui. C'était peut-être une relation un peu trop amicale pour l'être vraiment. On verra la suite des événements.