Romain,
Ca m'énerve, cette situation. Je crois que je la prends trop à coeur, même toi tu voulais pas, tu m'as dit de pas me prendre la tête avec ça. Je me prends pas la tête, j'aimerais juste que certaines choses soient éclaircies.
Hier soir en y repensant je me suis rendue compte que tu étais conscient de ton pouvoir de plaire. Je me souviens, à chaque fois tu me racontais, "une telle fille est folle de moi, ça me gêne, j'aimerais bien l'avoir comme amie seulement", "je sens à son regard que cette nana a envie de plus avec moi qu'une simple discussion". C'est simple, pour toi, toutes les filles qui t'entourent, elles sont folles de toi, c'est toi-même qui le dis. Moi, jusqu'à présent, je rigolais, j'observais, j'acquiescais.
Et maintenant, je me dis, et si c'était faux ? et si c'était seulement des films que tu te faisais ? je veux dire, tu mises quand même énormément sur ton pouvoir de séduction, jeune homme...peut-être que ces filles, elles te trouvaient juste sympa, drôle, et puis vu comme tu fais attention aux filles, c'est toujours agréable d'avoir un ami comme toi...et toi, à chaque fois, tu te montes la tête, tu te demandes comment tu vas réagir. C'est vrai que dans la majeure partie des cas, elles avaient effectivement des vues sur toi. Mais ne pourrait-il pas y avoir d'exceptions ?
Il faut aussi parler de nous...C'est vrai, qu'à la base, il y a cinq ans, on est sortis ensemble, sans se connaitre. C'était le début, puis on s'est mieux connus, on est ressortis ensemble, puis pendant quatre ans, une amitié, bizarre au début, puis de mieux en mieux, en pointillés de temps à autre à cause de la jalousie de ta copine, mais toujours là. Toujours là quand j'avais besoin d'une oreille, d'un confident, et vice versa. Combien de fois t'ai-je appelé, au bord de la déprime, et combien de fois m'as-tu rassuré, non Lili, tu n'es pas nulle, tu peux le faire, vas-y...combien de fois m'as-tu appelé, perdu, Lili, je dois faire quoi maintenant que j'ai embrassé cette fille, ça me remet en question, combien de fois ai-je entendu, conciliante, tes confidences, secrètement heureuse parce que oui, je ne l'aimais pas, ta copine. C'est pas ma faute, elle est arrivée si vite dans ta vie, juste après moi, et je savais déjà qu'elle te tournait autour quand on était ensemble. Je ne l'aimais pas, mais je ne te l'ai jamais dit, parce que toi, tu l'aimais, et même si les autres me disaient que c'était qu'une conne, que je valais cent fois mieux qu'elle, je te répétais pas tout ça, pasque c'était ton choix.
Alors oui, c'est vrai, on est sortis ensemble, ya trois semaines. Oui, c'est vrai, je t'ai peut-être un peu sauté dessus, c'est moi qui t'ai embrassé la première, mais comme je te l'ai dit, je ne saute plus sur les gens sans être sûre à l'avance que je peux le faire. Toute la soirée tu m'as tenu par la taille, tu m'as présenté à tous tes amis comme ça, tu m'as offert des verres, des cigarettes (en fille vénale que je suis, ça compte, mine de rien). Et puis le fait aussi que depuis deux mois, on s'appelle très souvent, une à deux fois par semaine, et souvent venant de ta part, ou, quand c'est moi qui t'appellais, tu me disais "c'est marrant j'avais eu envie de t'appeler ce soir justement". Toi qui demandais à ce qu'on dorme dans le même lit. Mais c'était super, j'adorais ça, on était complices, on dormait dans le même lit sans qu'il se passe rien, on pouvait tout se raconter. Tu me mettais en confiance, pour toi je m'habillais de façon un peu plus féminine, et quand je voyais que tu remarquais mes efforts, ça me faisait plaisir. Tous les gens qui demandaient "mais vous êtes super proches, pourquoi vous sortez pas ensemble ?", j'hésitais, je répondais que oui, mais non, parce que je ne voulais surtout pas gâcher ça. Ca me convenait.
Alors pourquoi, me diras-tu, pendant cette soirée, je t'ai embrassé ? Je pense que surtout, je voulais voir si je te plaisais encore. J'ai été satisfaite de voir que oui. Que oui, même si ça fait quatre ans, même si tu as eu une grande histoire d'amour, je te plais encore. Que tu ne me considères pas que comme un pote, mais comme une fille à part entière. Et puis voilà, quand on embrasse quelqu'un, après, c'est dur d'arrêter. Et puis ça m'a projeté dans mes années lycée de t'embrasser, tu peux même pas imaginer à quel point. Ca m'a fait un choc, j'ai eu peur de ressentir les mêmes sentiments, de souffrir encore. Et puis non, j'étais juste bien, là, à t'embrasser, on a passé une soirée encore très complices, il n'y avait aucun tabou entre nous. Je pouvais être vraiment moi, pas jouer un rôle, parce que tu me connais si bien...on s'est quittés, on était d'accord, c'était sympa, faudra se refaire ça. Mais jamais j'ai pensé "on ressort ensemble", parce qu'au fond je ne le voulais pas. Même avant que tu mettes les points sur les "i" dans la voiture, en me disant que tu voulais pas d'un truc sérieux, je le savais, moi aussi, que je voulais pas d'un truc sérieux. Je t'ai juste dit que j'avais peur que cette soirée gâche notre amitié. (Je me demande si j'avais pas raison.) Ce que je voulais, c'était juste qu'on soit encore complices comme ça, une autre fois, mais sans engagement, non, pas avec toi, deux fois à me faire jeter j'ai fini par comprendre.
Et puis le lendemain matin est arrivé, j'étais sur mon petit nuage, avec Griet on a bien rigolé, elle venait de passer une nuit dans un camping car avec un jeune homme, je lui ai raconté mes aventures de sauna. Et puis Dédé et Amandine se sont levées, m'ont regardé avec leur petit sourire. C'est que le soir que j'ai commencé à me poser des questions. Je t'avais envoyé un message, t'as répondu que c'était mieux de rien avoir fait, "enfin pour l'instant". Et là je me suis demandée ce qu'on voulait vraiment. Dédé et Amandine m'ont exposé leur point de vue, "il est trop sûr de lui ce jeune homme, fais gaffe". J'avoue que j'ai vraiment compris le sens de cette phrase cette nuit. En l'appliquant à toutes ces jeunes filles qui selon toi te courent après. C'est vrai, tu es énormément sûr de toi, et du coup, tu as cru que moi aussi, j'étais une jeune fille qui avait des sentiments pour toi, des sentiments forts, que peut-être je les cachais depuis quatre ans, et que maintenant je voulais une histoire sérieuse avec toi. Tu as pris une espèce de distance pour me raconter ça qui ne m'a pas plu du tout, mais alors pas du tout, du coup je me suis énervée, et tu as cru que tout ça me stressait. Oui, ça me stresse, mais parce qu'on vivait une amitié géniale, et qu'on s'est mal compris. Tu crois que je suis toujours à fond, comme au début, juste après notre rupture, alors tu me traites comme une vulgaire petite nana qui te court après. Mais je suis pas comme ça, moi Romain : c'est moi, Lili, on a jamais pris de gants pour se dire ce qu'on avait à se dire, je vois pas pourquoi maintenant ça changerait quelque chose...
Alors, ma fierté (et mes amis) m'empêche de t'appeler. Je me dis que si je t'appelle, tu vas encore croire "décidément elle est folle de moi cette petite, faut que ça cesse". Je crois qu'il vaut mieux attendre que toi tu m'appelles, que tu comprennes que mon silence signifie que je t'en veux. Je t'en veux de m'avoir déçue, je t'en veux d'oublier notre amitié à cause de ton "charme ravageur". Tu sais, Romain, c'était sympa cette soirée, mais si je n'ai pas voulu que ça aille plus loin, c'est parce que dans un lit, ça me ferait super bizarre de coucher avec toi, je préfèrerais qu'on passe toute la nuit dans les bras l'un de l'autre, sans plus. Ce n'est pas parce que j'ai peur que ça implique trop de sentiments. Faudrait que t'arrives à comprendre ça. Moi j'ai fini par le comprendre, en tout cas.