Il était une fois une petite fille, Blanche, qui naquit au milieu du 20ème siècle dans une famille aimante, en Belgique. Elle avait une soeur de trois ans son aînée, Rose, avec qui elle s'entendait merveilleusement bien ; elles étaient meilleures amies. Leurs parents s'aimaient, d'un amour qui faisait sourire tout le monde, qui diffusait un rayon de soleil sur les gens qui les entouraient. La famille des deux côtés, était très présente, et Rose et Blanche vécurent une enfance heureuse, inondée d'amour, entourée de leurs parents, de leurs cousins, tantes, oncles, et grands-parents.
Une enfance obscurcie par la trahison du frère de leur père, qui a trahi sa confiance en lui volant son argent. Obscurcie une fois de plus par le comptable de leur père, qui profita lui aussi de la gentillesse et de la générosité de son patron. Mais à chaque fois, la force de la famille réussissait à surmonter tous les obstacles, et la famille se relevait, un peu plus forte.
Quand elle eut 16 ans, au cours de vacances traditionnelles en Italie, Blanche tomba amoureuse. Elle rentrait dans le hall de l'hôtel où elle résidait avec ses parents, au bord du Lac de Cosme, et tout à coup elle vit un jeune homme appuyé contre un poteau, l'air absent. Son coeur lui souffla "c'est lui, c'est le bon". Le soir, elle le revit au bal, ils dansèrent ensemble, firent connaissance. Il s'appelait Pierre, il était français.Il avait 20 ans, venait de commencer ses études de médecine. Ils décidèrent de rester en contact et, quand Blanche atteint ses 22 ans, ils se marièrent. Pour lui, elle abandonna sa nationalité belge, vint s'installer en France. Elle laissait derrière elle une famille toujours aussi soudée, et sa soeur, Rose, mariée depuis peu à Paul, qui avait deux enfants, deux garçons, Simon et Nicolas. Ses parents étaient fiers de la destinée de leurs deux filles, et étaient surtout heureux de les voir resplendir de bonheur.
Blanche était maman de deux garçons, Roland et Patrick, quand elle apprit la mort de Paul, dans un accident, en Italie. Il était routier, et ce jour-là roulait sur un pont, quand une voiture qui le doublait s'est rabattu trop vite, le forçant à donner un coup de volant, trop fort, qui le fit basculer dans la rivière en dessous. Rose, effondrée, parvenait à garder la tête haute. Elle gardait le sourire dans toute circonstance. Pour ses enfants.
Blanche, cinq ans après Patrick, donna naissance à une petite fille, Lili. C'était la touche qui manquait à son bonheur. La petite fille avait les yeux verts de son père, et de son frère Patrick. Blanche se retrouvait avec la vie dont elle avait toujours rêvé : un mari aimant, des enfants beaux, en pleine santé, un travail de secrétaire épanouissant.
Quand Lili eut trois mois, on décida d'organiser le baptême. Tout le monde était présent : la famille des deux côtés, les collègues de Pierre. Simon fut désigné comme parrain, une amie de Pierre comme marraine. Durant la soirée, tout le monde était un peu emêché. Blanche crut que son coeur allait s'arrêter de battre quand elle vit Pierre embrasser, dans un coin, une de ses collègues. Un ou deux jours après, elle lui fit une réflexion à ce sujet, il comprit qu'elle savait, et jura que c'était fini. Blanche pardonna, donna de nouveau sa confiance, aima.
Blanche apprit un jour que sa soeur Rose avait un cancer du sein. Qu'il était trop tard pour le soigner. Rose mourut alors que Lili allait avoir six ans. Rose ne resta pour la petite fille qu'un souvenir extrêmement tendre. Simon et Nicolas se retrouvaient orphelins, les grand-parents maternels décidèrent de venir s'installer dans leur maison et de les élever. Ils avaient 15 et 17 ans.
Pierre pour son travail, dut déménager dans les Alpes. Blanche accepta, laissa sa vie d'avant, et en reconstruisit une confortable pour sa famille, à l'autre bout de la France. Elle commença une formation d'infirmière. Ses enfants grandissaient, et, bientôt, Roland eut son bac, et décida de partir dans la Marine. Il partit le lendemain de l'anniversaire de Patrick, qui fêtait ses 17 ans.
Le lendemain de son départ, le 1er septembre, Pierre annonça à Blanche qu'il partait faire sa vie avec une autre femme. Ce fut dur, très dur pour Blanche, qui ne comprenait pas. Elle avait tout donné à cet homme, elle l'avait aimé comme jamais personne ne pourrait l'aimer, lui avait construit un foyer confortable, avait toujours accepté de déménager pour lui, et il partait. Pourquoi ? Avec qui ? Elle mit des années à s'en remettre. Ses parents la soutenaient, du mieux qu'ils pouvaient. Mais ils habitaient loin, et, après plus de 20 ans passés en France, Blanche ne pouvait pas imaginer retourner habiter en Belgique. Elle tomba en dépression nerveuse, renonça au suicide car elle avait deux enfants à élever.
Son père mourut deux ans après. Un cancer du poumon. Une fois de plus, Blanche dut se relever, relever la tête, et continuer à marcher. En acceptant que l'homme qu'elle aimait refaisait sa vie ailleurs, que ses enfants étaient perturbés par le divorce (Roland en prenait la responsabilité, Patrick refusait de voir son père, Lili vivait mal les week-ends à garde alternée), que sa famille disparaissait lentement. Elle s'en faisait beaucoup pour sa mère, surtout, qui vieillissait, et qui restait beaucoup toute seule, tout en assumant toujours Simon et Nicolas.
Sa fierté, c'était ses enfants, qui la rendaient heureuse. Roland faisait le tour du monde avec la Marine, Roland s'épanouissait dans son couple et dans ses études, et Lili réussissait bien ses études. Elle avait aussi réussi à mener une vie de couple épanouie, avec Jacques, qui la comprenait et l'aimait, la respectait.
Quand Lili eut 19 ans, la mère de Blanche mourut. Blanche s'effondra littéralement. Elle était perdue. Elle avait perdu le seul point de repère qui la suivait depuis toute sa vie.
Après la mort de sa mère, tout s'enchaîna. Elle dut s'occuper de son neveu, Nicolas qui, bien qu'approchant de la trentaine, ne parvenait pas à à s'assumer tout seul. Elle ne comptait plus les aller-retour avec la Belgique pour trouver une assistante sociale, le faire prendre en charge. Chaque tentative échouait, à chaque fois il trouvait un moyen de contourner la vigilance. Simon prenait tout sur ses épaules, encaissait. Il avait fini par rompre l'histoire qu'il avait avec une américaine, Helen, pour pouvoir veiller sur son frère. Des fois, Simon craquait. Il buvait trop, il appelait quelqu'un à l'aide. Sa tante, Blanche, le plus souvent, ou Lili, qui un jour lui parlait sur msn, et à qui il répondait "je suis que de la merde...j'en ai marre...".
Le 12 août 2006, Blanche apprit par la bouche d'un Simon éploré que son frère avait encore une fois cassé sa voiture, qu'il n'était pas rentré de la nuit, qu'il avait menti sur plein de chose.
Et que Helen sortait maintenant avec son meilleur ami, à lui, et qu'il l'avait découvert en débarquant à l'improviste chez lui.
Bienvenue dans ma famille.