Mes quelques jours d'isolation m'ont valu beaucoup de réflexions personnelles. A force de penser et d'en parler avec moi-même, j'ai fini par tourner en rond.
- est-ce que c'est normal d'avoir, de temps en temps, honte de sa famille ? je veux dire, des fois, ma famille, je m'y sens pas à l'aise dedans. Je me demande si j'ai été échangée à la naissance, des fois. Quoique vu la ressemblance avec mon père, ça m'a l'air peu probable. Mais je sais pas, je m'exprime pas comme eux. Ils sont francs, directs, parlent de tout devant tout le monde. Un jour ma mère a voulu me raconter ses histoires perso avec mon beau-père, j'ai mis le holà, je veux pas savoir. L'autre jour, ma belle-soeur explique qu'un oubli de pilule un mercredi l'a fait douter, mon frère se sent obligé d'ajouter, histoire qu'on n'ait pas compris: "bah oui, pasque nous, le mercredi soir ET le jeudi soir, on a fait crac crac !" avec un grand rire. Je sais qu'ils me voient comme quelqu'un de réservé, de prude, je n'ai jamais présenté de petit copain à mes frères ni à mon père, ils doivent penser que je suis encore vierge, vu que j'en parle jamais avec eux. Et puis leurs blagues un peu douteuses...lourdes...et ils attendent que je rigole...mais je trouve pas ça drôle alors bon, je me force un peu, et bam, Lili est coincée, c'est fou, à son âge ! Bah non, mais on est en famille, vous êtes pas mes amis, c'est tout.
- est-ce qu'un jour, quand je serais grande, j'arriverais à me débrouiller toute seule ? réflexion faite hier soir, alors que Lia me rappelle qu'il faut faire un dossier pour la CAF et qu'elle me rassure en me disant qu'elle a déjà établi l'emploi du temps semaine par semaine sur ordinateur, alors que moi j'ai juste eu le temps de voir que je comprenais rien à ce truc, là. Réflexion déjà faite quand je vais chez le médecin, au labo, que sais-je, à la pharmacie, qu'on me demande ma mutuelle, ma sécu, et que je sais pas quoi répondre. A part "euuuh...c'est ma mère qui s'occupe de ça, donc euuuh...". Résultat: maman, tu peux m'écrire sur un papier tout ce que je dois savoir de la vie en général ?
- Puis vient l'éternel questionnement sur mon père. Mon père, que je m'étais promis de rappeler de retour de vacances, pasque bon, de là bas, ça coûte cher. Mon père, dont j'étais persuadée d'avoir un message sur mon répondeur en rentrant. Bah non. J'ai ignoré mon père, mon père m'ignore, juste retour des choses. Et le pire c'est que j'ai même pas envie de l'appeler, là. Parce que je lui en veux encore. Que j'ai pas envie de le voir. Que j'en ai marre de toujours espérer, et puis être déçue, parce que...parce que je sais pas. L'autre jour je suis tombée sur "Vie privée, vie publique", et l'acteur de Sous le Soleil parlait de sa mère qui l'avait abandonné, qu'il a essayé de retrouver, et qu'il a fini par lâcher l'affaire. Je sais, moi, c'est moindre. Mais je me suis sentie concernée quand il a dit "des fois, il faut savoir lâcher prise, parce qu'on ne peut pas demander à quelqu'un qui ne veut pas de t'aimer". Et je me dis, c'est peut-être ça le problème. Oui, je suis sa fille, mais en 21 ans, il a partagé 10 ans de ma vie. Après, il est parti, et après, c'est par épisodes. Des hauts, des bas. Et là, début décembre, alors que je l'ai pas vu depuis longtemps, un sec "mêle toi de tes affaires". Bon, c'est ce que je fais, alors.
J'en suis même arrivée à me demander si à mon mariage -si mariage il y a un jour, attention, mais bon, on sait jamais, sur un malentendu...- je préfèrerais pas que ce soit mon beau-père qui m'accompagne à l'autel. Parce que lui, il est là pour moi quand j'ai besoin. Lui, il dira pas "attends, jte rappelle demain, je peux pas te parler là" juste parce que je dérange sa tranquillité.
Mais bon, ma mère est revenue ce matin, alors finies les réflexions.